J’ai lu : Le roman d’aventures au Québec (1837-1900)

Pendant le confinement, j’ai demandé à ma communauté sur ma page Facebook quel livre dont elle aimerait voir la critique. Le vote entre les deux choix proposés étant à égalité, j’ai dû procéder à un pile ou face. C’est ainsi que Le roman d’aventures au Québec (1837-1900) a gagné le vote. Alors que nous sommes maintenant en période de déconfinement, voici ma critique et mon résumé de ce livre.

À propos de Le roman d’aventures au Québec (1837-1900)

Le roman d'aventures au Québec (1837-1900)Le roman d’aventures au Québec (1837-1900), publié aux Presses de l’Université Laval en 2019, est une « version remaniée et mise à jour d’une thèse de doctorat soutenue en 2007 » (p. 248) par Nathalie Ducharme. Cette dernière est détentrice d’un doctorat en études littéraires, d’une maîtrise en histoire ainsi que d’une maîtrise en sciences de l’information.

L’auteure commence son ouvrage sur une mise en contexte socioéconomique du Québec à partir de la Nouvelle-France du XVIIIe siècle jusqu’à la Confédération de 1867. Par la suite, elle présente les romanciers ainsi que son corpus principal, qui comporte 32 romans d’aventures (plus un corpus auxiliaire de 25 articles critiques publiés dans les périodiques). Voici les principaux critères ayant mené à cette sélection :

[…] les romans doivent comporter une certaine quantité d’actes de violence physique ainsi que plusieurs déplacements des personnages. En outre, ils doivent avoir pour thème principal l’opposition entre des forces positives et malfaisantes. Les intrigues épousent des procédés récurrents, telles une itération rythmique axée sur l’accumulation des rebondissements, une narration dominée par l’action, la présence de figures stéréotypées ainsi qu’une abondance de dialogues. (Ducharme, p. 18)

Le livre est divisé en trois chapitres, résumés ci-desous.

Évolution et formes du roman d’aventures

Dans ce premier chapitre, Ducharme retrace l’évolution du roman d’aventures québécois. En effet, celui-ci a évolué à travers trois grandes manifestations esthétiques et idéologiques :

Les premières œuvres paraissent dans un contexte de pessimisme sociopolitique favorable à l’imaginaire gothique. La publication est ardue et la critique dénigre les efforts des auteurs. Sous l’impulsion du mouvement patriotique, le récit d’aventures devient l’occasion de vouer un culte aux héros de la Nouvelle-France. Par leur patriotisme canadien-français, les romances reçoivent davantage d’approbations de la part des gens de lettres, d’autant plus que critiques et romanciers vivent maintenant de la presse périodique, qui devient un médium de masse au tournant du XXe siècle. La croissance urbaine et l’industrialisation intensive suscitent l’engouement des lecteurs pour la représentation des inégalités sociales et des crimes infâmes. (Ducharme, p. 50)

Par la suite, l’auteure effectue une présentation des traits formels du roman d’aventures ainsi que celle des personnages principaux, soit l’aventurier, le scélérat et la femme. Cette dernière, qui peut être la fiancée ou la soeur de l’aventurier, a un rôle plus héroïque dans les littératures des colonies, contrairement à la littérature européenne :

Au Québec, l’historiographie et la littérature vouent un culte aux jeunes héroïnes guerrières, comme Jeanne d’Arc et Madeleine de Verchères. Les exploits de cette dernière ainsi que ceux de Laura Secord sont largement utilisés à des fins nationalistes au tournant du XXe siècle pour symboliser la résistance des Canadiens aux menaces de toute nature. Le personnage de l’amazone canadienne se construit en relation étroite avec le discours historique, justement à cause de l’élément militaire. (Ducharme, p. 80-81)

À la conquête du territoire : les lieux du roman d’aventures

Dans ce deuxième chapitre, Ducharme s’attarde davantage aux lieux représentés dans le roman d’aventures, que ce soit les grands espaces, les lieux exotiques ou les villes. L’auteure note entre autres une différence descriptive entre les romans d’aventures gothiques et les romans d’aventures historiques :

Dans les romans d’aventures gothiques, le mode descriptif de l’espace reposait sur l’effet de proximité émotive. Les lieux étaient définis dans la perspective de susciter la terreur et la sensation d’étouffement. Le retour à l’époque de la Nouvelle-France génère une nouvelle approche de l’aventure ainsi qu’un mode descriptif centré sur le savoir stratégique et la glorification dans la guerre. Sur le plan du langage, l’histoire de la colonisation est narrée par l’introduction de concepts territoriaux, tels que la nation, l’armée et la marine. La quantité de détails descriptifs contenus dans le texte dépend de l’expérience de l’auteur et du lectorat. Plus le lieu décrit s’éloigne de l’expérience canadienne, plus le langage est sommaire et soumis à la subjectivité. (Ducharme, p. 106)

Quant aux romans d’aventures policiers, plusieurs d’entre eux se déroulent partiellement ou entièrement à Montréal ou à Québec :

Ces œuvres assument pleinement l’imaginaire urbain et l’aventure générée par la pauvreté, les accidents et les incendies. Mais les auteurs font cette fois face au problème du réalisme puisque les villes du Québec ne présentent pas la densité de population ni les dangers inhérents aux métropoles européennes et américaines. La stratégie d’adaptation consiste donc à décaler le récit dans le temps afin de créer une ville moins sécuritaire et moins familière à l’expérience des lecteurs que celle dans laquelle ils vivent. (Ducharme, p. 123)

Aventure et transgression

Dans ce troisième chapitre, Ducharme explore la représentation de la violence et de la sexualité dans le roman d’aventures. Ainsi, la violence se divise en deux grandes catégories. La première catégorie, la violence nationale, se manifeste envers les Britanniques, les Français ou les Américains. Quant à la deuxième catégorie, il s’agit de la violence interpersonnelle :

Le roman d’aventures exploite la victimisation sous deux formes particulières. La violence domestique, caractérisée par des sévices et des privations, et l’agressivité de bandits et de meurtriers envers des inconnus. Le déroulement des scènes obéit à un schéma ayant pour objet principal la satisfaction du voyeurisme. On détaille l’échange de coups de poing, l’usage des armes, les empoisonnements et les mauvais traitements comme la séquestration. (Ducharme, p. 153)

En ce qui concerne la sexualité, l’auteure a remarqué plusieurs cas de tentatives d’inceste involontaire dans les romans d’aventures qu’elle a analysés :

La peur de l’inceste évoque le problème de la division familiale dans la société canadienne-française. […] Quand la mère de nombreux enfants meurt prématurément, ceux-ci sont souvent répartis dans différentes familles et grandissent loin les uns des autres. Il arrive aussi fréquemment que des enfants nés hors mariage soient adoptés secrètement par des membres de la communauté. Conséquemment, les probabilités que des voisins partagent sans le savoir des liens de parenté ou que des personnes retrouvent leur paroisse après avoir perdu le contact avec leurs proches sont suffisamment importantes pour que les romans y portent attention. (Ducharme, p. 198)

La particularité du roman d’aventures québécois

Dans sa conclusion, Ducharme raconte la baisse de popularité du roman d’aventures au début du XXe siècle, qui fera ensuite place à un éclatement des genres (récit d’amour, policier, western, science-fiction, etc.). Par la suite, l’auteure nous explique ce qui fait la spécificité du roman d’aventures québécois :

Il existe pourtant certaines disparités entre le roman québécois et ses modèles étrangers. L’une d’entre elles réside dans les efforts des romanciers pour adapter la forme et les thématiques de la littérature étrangère au contexte colonial. Cet acte d’imaginaire constitue un exploit un soi puisqu’il requiert des connaissances historiques, topographiques et ethnographiques assimilées par des hommes sans expérience de l’écriture (et parfois même de la vie en général). Sur ce point, le roman d’aventures québécois fait preuve d’une remarquable érudition. (Ducharme, p. 213)

Pour Ducharme, « le roman d’aventures québécois est colonial et non colonialiste » (p. 214).

En conclusion

Le roman d’aventures au Québec (1837-1900) jette un éclairage intéressant sur un genre littéraire populaire. Plus qu’un divertissement, celui-ci est le reflet des préoccupations politiques et juridiques des auteurs de cette époque.

Cependant, je dois reconnaître que j’ai éprouvé quelques difficultés à distinguer les différentes intrigues des romans analysés. Je crois que si j’avais pris la peine de lire les résumés des œuvres situés en annexe avant ma lecture (et non après), cela aurait été beaucoup plus facile pour moi.

Je regrette également qu’il n’y ait pas plus d’espace accordé à la réception critique et populaire de ces romans. En revanche, Ducharme offre une étude littéraire appuyée sur les thèmes explorés par cette littérature, que ce soit la place des femmes et des autochtones, l’importance du territoire ou le rôle de la religion. Que vous soyez attiré par la littérature ou l’histoire du Québec, je ne peux que vous recommander cet ouvrage.

Le roman d’aventures au Québec (1837-1900) est disponible en libre accès, mais si vous désirez encourager l’auteure (et moi), vous pouvez vous procurer une copie physique de ce livre via mon lien d’affiliation. Merci!

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