J’ai lu : Les clownes sont-elles politiquement incorrectes?

Lorsque je mentionne le mot « clown », à quoi pensez-vous? Il y a de fortes chances que vous ayez pensé à un personnage masculin. Et qu’en est-il des clownes, ces femmes pratiquant l’art clownesque sur la scène ou dans la rue? Voilà une réflexion à laquelle j’ai été invitée, alors que j’ai reçu une copie d’un livre de la part des Éditions Somme toute. Pour cela, je les remercie humblement.

À propos du livre Les clownes sont-elles politiquement incorrectes? Réflexions queers sur les pratiques clownesques des femmes

Les clownes sont-elles politiquement incorrectesLes clownes sont-elles politiquement incorrectes? Réflexions queers sur les pratiques clownesques des femmes est un livre rédigé par Zed Cézard et publié par les Éditions Somme toute en 2022. Artiste de cirque et docteur‧e en science des arts, Cézard explique sa démarche de recherche :

« Dans cet essai, nous aborderons ainsi le milieu clownesque en tant que constitué d’individus sociaux possédant une agentivité, à travers une approche interdisciplinaire queer – inspirée de la sociologie, de l’ethnographie, des sciences politiques et des études de genre – qui s’intéresse tout à la fois à la culture, à l’art, au politique, à l’individu, au féminisme et aux formes d’oppressions intersectionnelles. » (Cézard, p. 22)

Pour ce faire, iel fait appel à des recherches de terrain effectuées en France, au Québec et au Brézil, ainsi qu’à un questionnaire répondu par des dizaines de clownes de partout dans le monde. Le tout est regroupé dans cet essai, divisé en trois chapitres.

Chapitre I : Dynamiques politiques

Dans ce premier chapitre, l’auteurice s’intéresse aux effets du territoire politique sur les dynamiques et les pratiques clownesque. Iel présente entre autres les différentes politiques culturelles de la France, du Québec et du Brésil ainsi que les stratégies d’adaptation des clownes :

« Au Brésil comme en France, le dispositif de soutien gouvernemental et institutionnel envers ce monde peu légitimé a poussé les femmes, qui investissaient le milieu dès les années 1980, à développer, à travers des ressources précaires, leur propre réseau de soutien, de diffusion et de formation. À São Paulo, il existe depuis 2017 une école spécifiquement dédiée aux clownes : A Escola de Palhaças, créée à l’initiative d’Andrea Macera » (Cézard, p. 45)

Chapitre II : Positionnement social

Avec ce deuxième chapitre, Cézard explique d’abord comment le langage participe à la création de systèmes de pensée, puis s’attarde aux discriminations vécues par les clownes de ses travaux de recherche. Enfin, cette section s’intéresse au concept de sérialité afin de démontrer qu’il n’y a pas qu’un seul type de féminisme et un seul type d’oppression envers toutes les femmes :

« Il s’agit plutôt d’un groupe avec une grande diversité vivant des formes spécifiques d’oppressions reliées à des luttes convergentes dans un système injuste à son endroit. […] Partant du principe que chaque pays possède une culture propre, différents dispositifs oppressifs s’y jouent et opèrent à travers les socialisations que chacune traverse. Les clownes, faisant partie de cet espace sériel et exerçant une profession artistique, se trouvent, comme nous l’avons démontré dans la sous-partie précédente, à l’intersection de plusieurs discriminations (raciales, de genre, économiques, etc.). » (Cézard, p. 90)

Chapitre III : Territoires de lutte

Enfin, dans ce dernier chapitre, l’auteurice se penche sur les prises de pouvoir des clownes dans l’espace public, mais aussi sur la déconstruction des normes, qu’elles soient genrées, sexuelles ou autres. Pour terminer, iel jette un regard sur les représentations du corps dans la scène clownesque :

« Une clowne m’a récemment raconté à ce sujet comment elle a fait fi d’un ensemble de pressions sociales pour assumer sa pratique. Comme elle désirait pratiquer une discipline aérienne au cirque, on l’a invitée à… maigrir (!), en prétextant qu’elle n’avait pas le “bon gabarit”, et lorsqu’elle a souhaité performer en clowne, on lui a expliqué qu’elle apparaissait trop jolie physiquement pour être drôle. À la suite de cela, elle a décidé de devenir clowne aérienne! » (Cézard, p. 123)

En conclusion

Les clownes sont-elles politiquement incorrectes? Réflexions queers sur les pratiques clownesques des femmes est un essai dévoilant avec sensibilité les différentes réalités vécues par les clownes contemporaines. Bien que ce livre soit rapide à lire, il peut être difficile de comprendre toutes les notions qui y sont abordées. Toutefois, si vous êtes familier avec la théorie queer ou la sociologie, vous aurez plus de facilité à saisir les enjeux des artistes interviewées.

En résumé, Les clownes sont-elles politiquement incorrectes? est un ouvrage nous invitant à la réflexion sur le rôle de l’art dans les luttes sociales, politiques, mais aussi intimes. Et quoi de mieux que d’utiliser la figure du clown pour sortir des normes et nous surprendre?

Si vous avez apprécié cette critique et désirez encourager l’auteurice (et moi), vous pouvez acheter ce livre grâce à mon lien d’affiliation. Merci!

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