Un chercheur et son fandom (40) – Les sexualités représentées dans Mass Effect

[Cet article a été publié originellement le 26 décembre 2015 sur Syndromemag.]

Nous voilà enfin rendus à la dernière chronique d’Un chercheur et son fandom. Pour cette occasion, nous avons l’honneur de vous présenter une recherche made in Canada. Dans le récent numéro de Loading… The Journal of the Canadian Game Studies Association, nous retrouvons un spécial First Person Scholar, réunissant différents auteurs de ce journal, dont Meghan Blythe Adams.

À propos de l’auteure
Meghan Blythe Adams est doctorante à l’université de Western Ontario (Canada). Son sujet de thèse portera sur la mort dans les jeux vidéo. Elle possède également un intérêt académique pour les niveaux de difficulté dans les jeux vidéo. Elle a écrit plusieurs articles pour le journal First Person Scholar, incluant « Spectacular Mortality : Intersections of Punitive and Educational Player-Death » et « Interpellation After the Apocalypse : Community, Coercion and Identity in Journey ».

À propos du sujet
Pour cet article, deux concepts sont explorés : « l’hétérosexualité obligatoire » (compulsory heterosexuality) et « le cercle enchanté » de la sexualité (charmed circle of sexuality). Concept élaboré par Adrienne Rich, « l’hétérosexualité obligatoire » peut être aperçue comme la seule option valable dans les jeux vidéo, empêchant le joueur de s’éloigner de cette norme. Les franchises Super Mario et The Legend of Zelda sont des exemples dans lesquelles l’hétérosexualité obligatoire est présente, notamment par l’intrigue de la princesse en détresse.

Quant au « cercle enchanté », un concept apporté par Gayle Rubin, il s’agit d’une hiérarchisation des sexualités qui considère la monogamie et l’hétérosexualité comme des bonnes pratiques (elles font partie du « cercle enchanté » de la sexualité) alors que le BDSM ne l’est pas. Appliqué aux jeux vidéo, ce concept permet aux joueurs une plus grande diversité sexuelle sans toutefois dépasser certaines limites. Par exemple, dans la franchise The Sims, il est possible d’avoir un Sim gai, mais impossible d’avoir un Sim polygame.

À propos de la recherche
Pour sa recherche, Adams s’intéresse aux sexualités présentes dans la franchise Mass Effect. Ainsi, dans le premier jeu de la série, le joueur ayant choisi d’incarner un Shepard de sexe masculin est limité dans ses choix de romance, puisqu’il ne peut avoir un partenaire du même sexe, le plaçant ainsi en situation d’hétérosexualité obligatoire. L’hétérosexualité obligatoire semble aussi affecter les Asari, dont la majorité de leurs partenaires sont de sexe masculin.

Dans Mass Effect 2, « l’option queer » n’est toujours pas possible pour un Shepard de sexe masculin ni pour une Shepard de sexe féminin, à moins de posséder le DLC permettant à cette dernière de regagner le cœur de Liara si celle-ci a été romancée dans le premier jeu. S’il y a eu romance dans le premier jeu, le joueur a l’option de « tromper » son ou sa partenaire avec un autre personnage ou de demeurer célibataire, renforçant ainsi la monogamie dans le « cercle enchanté » de la sexualité. Il est intéressant de noter que l’équipe de concepteurs du jeu semble avoir anticipé les traits attirants des personnages selon que le joueur ait choisi un Shepard de sexe féminin ou de sexe masculin.

Dans Mass Effect 3 et ses DLC, le « cercle enchanté » a considérablement élargi, permettant d’avoir une relation hétérosexuelle ou homosexuelle, peu importe le sexe de notre personnage principal. Par contre, alors qu’un Shepard de sexe masculin a un plus grand nombre de partenaires potentiels, une Shepard de sexe féminin a une gamme plus diversifiée dans ses types de relation; elle a ainsi un « cercle enchanté » plus large que celui de sexe masculin.

En conclusion, Adams rappelle que les joueurs et les critiques ont leur rôle à jouer dans l’expansion du « cercle enchanté » et la critique des limites imposées par les jeux, un rôle déjà pris en charge par les concepteurs de jeux indépendants.

Pour en savoir plus sur cette étude, vous pouvez la consulter à l’adresse suivante : http://journals.sfu.ca/loading/index.php/loading/article/view/154/187

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