J’ai lu : Télé en séries

À son départ un colloque international ayant eu lieu à Montréal en mai 2014, le projet Télé en séries s’est ensuite décliné sous différentes formes : une série de trois émissions diffusée par Canal Savoir, une exposition, puis une série d’essais, publiée aux Éditions XYZ. Grâce à leur générosité, j’ai obtenu une copie afin d’en faire une critique. Sa lecture fut longue (462 pages!), mais elle en valait la peine. Voici pourquoi…

Télé en séries débute par une préface de Stéphane Garneau, animateur, qui recueillait les confidences de chercheurs dans la la camionnette du Laboratoire sur les récits du soi mobile lors du colloque. Cette fois-ci, dans la préface, c’est Garneau qui livre ses souvenirs sur les séries télévisées l’ayant marqué.

Avant que la câblodistribution ne fasse son entrée dans la maison de mes parents, je regardais déjà les émissions américaines sans me soucier de la qualité de l’image plus ou moins brouillée par la « neige ». Les signaux des chaînes CBS, NBC et ABC, qui avaient des stations locales à Burlington ou Plattsburgh, étaient plutôt faibles. Fait impensable à l’ère de la télévision à haute définition, j’ai pourtant passé des heures et des heures, les yeux plissés, devant mes séries préférées. (Garneau, p. 11)

Après l’introduction des organisateurs du projets (Elaine Després, Marie-Christine Lambert-Perreault, Jérôme-Olivier Allard et Simon Harel), je dois admettre avoir eu de la difficulté à comprendre les textes suivants, comme celui de Stéphane Benassi (« La matrice comme programme esthétique de la fiction télévisuelle plurielle »). J’essayais de me mettre dans la peau d’un passionné de la télévision, mais qui n’a pas nécessairement accès aux mêmes ressources qu’un chercheur universitaire, et je me demandais s’il avait plus de facilité que moi à comprendre les notions théoriques.

Heureusement, tout devient plus clair à partir du texte de Florent Favard ( « L’unité narrative des séries télévisées »), qui analyse la série Battlestar Galactica afin de déterminer la capacité des séries télévisées à mener un récit cohérent et complet :

La dernière saison de Battelstar Galactica, tout en concluant méthodiquement les arcs narratifs qui soutenaient son intrigue au long cours et en donnant à ses personnages la satisfaction de savoir enfin qui ils sont, joue de manière réflexive sur l’unité qu’elle constitue peu à peu. (Favard, p. 128)

Les textes et les sujets qui sont présentés dans cette série d’essais sont variés : pensons entre autres aux mythes dans Jekyll et Sherlock (« « Élémentaire, mon cher Jekyll » : quand Steven Moffat revivifie deux mythes littéraires », de Claire Caland), à la nourriture dans Gilmore GirlsTofurkey, pâte d’amandes ou burger? Nourriture, genre, classe et ethnicité dans Gilmore Girls », de Marie-Christine Lambert-Perreault) ou aux zombies dans In the Flesh ( « In the Flesh : l’altérité du zombie réhumanisé », de Jérôme-Olivier Allard).

Je suis également heureuse de constater la présence de textes sur des séries télévisées québécoises, comme « Série noire : vers changement de paradigme télévisuel au Québec? » (Sylvie-Anne Boutin), « Les quatre merveilleuses : figures plurielles et création télévisuelle au féminin dans La galère » (Julie Ravary) ou « Musique originale et variations sur un thème de Nicolas Maranda dans Minuit, le soir et 19-2 : une esthétique du motif en mosaïque » (Annick Girard). Si je regrette la brièveté des deux premiers textes, je félicite par contre la démonstration de Girard sur un sujet qui a su être bien vulgarisé.

À l’intérieur d’une même série, qu’il s’agisse de Minuit, le soir ou de 19-2, la musique de Maranda, rattachée aux images de nature parfois contemplative de Podz, contribue à définir davantage les personnages, à mettre en lumière leur identité émotive à mesure qu’un motif musical se dessine et se décline en variations. D’un projet à l’autre, le travail du compositeur évolue : il crée une musique représentative du profil émotif des principaux personnages. (Girard, p. 409)

En conclusion, ce livre est un incontournable, autant pour les chercheurs francophones que les passionnés de séries télévisées internationales ou québécoises. Les lecteurs doivent cependant être familiers avec certains concepts théoriques (ex. : en psychologie) pour mieux apprécier certains textes. Néanmoins, je ne peux que féliciter les efforts des organisateurs qui, trois ans après le colloque, ont pu sortir la dernière contribution à leur projet.

Et si vous avez aimé ma critique et souhaitez encourager moi et les auteurs, vous pouvez vous procurer ce livre via mon lien d’affiliation. Merci!

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