Nous sommes fans… de films québécois

Selon l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, la fréquentation des salles de cinéma au Québec est à la baisse pour l’année 2014 : 18,5 millions d’entrées, un taux équivalent à celui de 1994. Si on se fie uniquement aux films québécois, ceux-ci ont généré 1,2 millions d’entrées, la moitié de ces entrées étant produite par les sorties des films Mommy (362 613) et 1987 (270 334) (Source). Malgré tout, le cinéma québécois reste un sujet fascinant pour ses chercheurs, comme le démontrent les trois mémoires de maîtrise présentés ci-dessous.

En 2011, Hubert Sabino s’est intéressé aux critiques publiées dans quatre revues québécoises des années 1960 et 1970 : Séquences, Objectif, Cinéma/Québec et Champ libre. La réception de ces critiques envers la production de films québécois est parfois tiède, telle que présentée dans l’extrait suivant :

En 1963, Pierre Perrault et Michel Brault co-réalisent Pour la suite du monde. Si ce long métrage répond aux attentes quant à sa longueur, sa forme s’harmonise difficilement avec les critères jusqu’alors utilisés par Séquences. Incidemment, il reçoit un accueil peu enthousiaste du directeur de la revue [Léo Bonneville]. Jugeant que l’intérêt du film réside essentiellement dans la pêche aux marsouins et la construction dramatique qu’elle engendre, il estime que la parole prend trop de place et perçoit celle-ci comme une digression. En somme, Bonneville considère ce long métrage (tant attendu) comme un échec bien qu’il lui trouve des qualités techniques indéniables, principalement au niveau de l’image. Sa déception est d’autant plus grande que Pour la suite du monde est le premier film canadien présenté au festival de Cannes alors que ce film ne peut, selon lui, qu’apporter «un témoignage sur un coin de notre province où la parlure ne manque pas de pittoresque» (numéro 33, p. 28, 1963). (Sabino, 2011, p. 27)

Alors que l’étude de Sabino s’étend sur une période de 1960 à 1978, celle de Sacha Lebel est plus restreinte, soit de 1968 à 1975. Son mémoire, intitulé « Vulgaire! Pervers! Dégradant! : le film d’exploitation et le cinéma québécois », se penche sur un genre populaire, mais aussi controversé, soit le film d’exploitation, aussi surnommé « film de fesses ».

Notre exploration du cinéma québécois populaire entre 1969 et le milieu des années 1980 nous a fait rendre compte de deux types de films ou d’approche de la part des réalisateurs de l’époque. Si certains créateurs ont vraisemblablement été mus par l’illusion de profits rapides et substantiels, d’autres semblent plutôt avoir agi en toute connaissance de cause. Explication : il serait bien difficile de faire croire à quiconque que les Valérie (1969), Deux femmes en or (1970) et Après-Ski (1971) n’ont pas été faits pour être rentables financièrement. La plupart ne sont que des divertissements sans prétention ou les scènes de nudité s’enfilent plus rapidement les unes que les autres c’est en partie pour cette raison que nous les qualifions de cinéma d’exploitation « pur ». D’autres films de la même époque, comme ceux de Carle et Arcand, peuvent aussi être considérés comme cinéma d’exploitation, pourtant ces œuvres semblent plutôt avoir été réalisées dans le but de promouvoir le message de l’auteur, en réutilisant le modèle, en vogue, du cinéma d’exploitation. Nous appellerons donc cette tendance : cinéma d’exploitation « détourné ». Pourquoi détourné ? Et bien, simplement parce qu’ils ont su profiter et se servir des techniques et de la popularité du cinéma d’exploitation pour présenter leurs discours et leurs visions du monde et du cinéma. (Lebel, 2009, p. 87)

Enfin, dans un registre plus contemporain, Anne-Claire Villeneuve explique les raisons du succès commercial du cinéma québécois des années 2000. Selon elle, la distribution des films québécois est le facteur ayant eu le plus d’impact.

[…] nous considérons que ce sont [les changements] ayant touché la distribution qui ont joué un rôle plus déterminant dans le succès commercial récent d’un nombre important de films québécois. En effet, ce secteur de l’industrie cinématographique n’est pas à sous-estimer puisqu’il constitue le principal médiateur entre le film et le public. Ainsi, bien qu’une multitude d’autres éléments entrent en ligne de compte dans la réussite commerciale d’un film, c’est la mise en marché de celui-ci qui permet d’en faire connaître l’existence auprès des spectateurs potentiels. Par ailleurs, dans un contexte de saturation médiatique et publicitaire, il est plus important que jamais d’être présent dans les médias afin d’assurer une visibilité au produit, parce que de très bons films risquent de passer inaperçus s’il y a une lacune importante à ce niveau. (Villeneuve, 2008, p. 82)

Plus qu’un art, le cinéma québécois est une industrie devant plaire à la fois aux critiques et au public. Lorsqu’un film parvient à cet équilibre, il peut être considéré comme une raison valable de le célébrer. En lien avec la Soirée des Jutra, qui aura lieu le 15 mars prochain, Marc Cassivi a écrit un article sur les nombreuses nominations récoltées par Xavier Dolan pour ses films Mommy et Tom à la ferme.

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