J’ai lu : Sérialité et Transmédialité. Infinis des fictions contemporaines

Connaissez-vous le transmédia? Si vous êtes familier avec mon blogue, vous avez probablement entendu parler de ce terme, notamment en lisant mon expérience du cours en ligne « Comprendre le Transmedia Storytelling ».

Pour mieux connaître le transmédia et les stratégies qui s’y rattachent, voici un livre qui devrait évoquer en vous quelques souvenirs des séries télévisées les plus marquantes des dernières décennies.

À propos du livre Sérialité et Transmédialité. Infinis des fictions contemporaines

Sérialité et TransmédialitéSérialité et Transmédialité. Infinis des fictions contemporaines est un livre rédigé par Claire Cornillon et publié chez Honoré Champion en 2018. Maîtresse de Conférences en Littérature comparée à l’Université de Nîmes, Cornillon s’intéresse particulièrement aux séries télévisées. Elle a d’ailleurs corédigé un texte avec Sébastien François (Transgresser ou renforcer les stéréotypes de genre? Les créations de fans aux prises avec leurs conventions dans le fandom de Supernatural), qui a paru dans l’ouvrage collectif Fan & gender studies : la rencontre.

Dans ce livre, Cornillon aborde la fiction et le récit sous les angles de la sérialité, de la transfiction et de la transmédialité. Pour l’autrice, ces deux dernières notions ont leurs différences, puisque la transfiction fait référence à au moins deux textes qui partagent un même univers fictionnel alors que, dans la transmédialité, « il ne s’agit plus de passer d’un texte littéraire à l’autre, mais d’un texte à un film ou une série télévisée, voire à un jeu vidéo, de rôle, ou de plateau » (Cornillon, p. 10).

Face à des œuvres qui se complexifient, Cornillon nous invite à une exploration des fictions contemporaines :

« L’objet de ce livre n’est pas de proposer une analyse exhaustive des pratiques sérielles et transmédia mais de poser des jalons pour essayer de cerner en quoi ce type d’œuvres s’inscrit dans des tendances actuelles de rapport à la fiction. C’est pourquoi chaque chapitre adopte un angle d’approche différent à travers une étude de quelques cas. » (Cornillon, p. 15)

Cette analyse s’inscrit à travers six chapitres, qui abordent chacun des enjeux différents. À la fin de l’ouvrage, on retrouve une riche bibliographie sur les œuvres analysées, mais aussi sur les ouvrages et articles théoriques et critiques. Un index, qui comprend les noms propres de personnes citées ainsi que les titres des œuvres, complète le tout.

Chapitre I. Quand la fiction sort de son cadre. Quelques repères sur les démarches transmédia

Dans ce premier chapitre, Cornillon s’intéresse aux différents usages marketings et créatifs de la transmédialités. Elle propose quelques exemples de certains procédés, que ce soit la création d’un site Web pour la série télévisée White Collar, le passage de la télévision aux comics pour Buffy the Vampire Slayer ou l’étendue de l’univers cinématographique Marvel :

« Outre la question du changement de medium, l’un des enjeux fondamentaux du transmédia est la gestion d’une narration tentaculaire – et la relation que cette narration entretient avec le « monde » fictionnel – ainsi que l’implication que cette narration demande de la part des publics. C’est là son intérêt principal et en même temps sa difficulté. La narration transmédia offre la possibilité d’une complexité plus grande mais au risque d’un manque de lisibilité pour les publics ou même d’une fragmentation des publics liée à la fragmentation de l’œuvre. » (Cornillon, p. 27)

Chapitre II. Quand l’œuvre devient culte : expérience et relation

Dans le chapitre suivant, l’autrice se penche sur la notion d’œuvre culte, mais aussi sur les relations qui s’installent entre l’œuvre, l’auteur.rice et les publics, mais également entre les publics eux-mêmes, en s’appuyant notamment sur les cas de Game of Thrones et d’Arrow :

« L’œuvre seule, ou même le réseau d’œuvres, ne sont plus les seuls éléments qui construisent une relation avec les publics. L’ensemble des pratiques ou des discours autour des œuvres peuvent aussi participer de cette relation et les limites ne sont plus aussi clairement identifiables qu’auparavant, à cause de la massification de l’information sur internet, de son instantanéité, et des nouvelles pratiques des utilisateurs.rices. Les publics sont désormais poussés à être au cœur d’un réseau de relations. » (Cornillon, p. 45)

Chapitre III. Quand les personnages de série écrivent des livres : effet de réel / effet de fiction

Les livres rédigés par des personnages fictifs font l’objet de ce chapitre. Dans cette section, Cornillon élabore une distinction entre l’effet de réel et l’effet de fiction, alors que ces livres nous interrogent sur notre rapport à la fiction, mais de manière ludique. Il est intéressant de noter que les livres analysés font partie de séries télévisées fortement métafictionnelles comme Twin Peaks, How I Met Your Mother ou Castle. Par exemple, avec Castle, il est possible de se procurer la série de romans rédigés par le personnage éponyme :

« En outre, le livre n’est pas seul, puisqu’il s’inscrit dans un réseau de déclinaisons transmédia de l’œuvre d’origine. Ainsi, le romancier héros de Castle possède son site personnel, sa page Facebook et son compte Twitter. Tous ces portails se présentent comme étant rédigés par le personnage et ne mentionnent pas de manière évidente la série dont il est issu. Ils développent par conséquent une stratégie globale où l’enjeu est de faire vivre le personnage à travers les médias, en utilisant l’image de l’acteur, qui lui est identifié. Le personnage échappe ainsi à l’œuvre dont il est originaire et trouve un semblant d’autonomie. » (Cornillon, p.52-53)

Chapitre IV. Quand les fans récrivent l’histoire : Fanfictions et vidding

Dans ce chapitre, l’autrice manifeste un intérêt sur la manière dont les œuvres de fans, en particulier les fanfictions et le vidding, interagissent avec la fiction et comment elles redéfinissent le statut de l’univers fictionnel dont elles s’inspirent.

« Les œuvres de fans (textes, vidéos, dessins, etc.) présentent, on l’a vu, des fonctions diverses : elles peuvent rendre hommage à l’un des aspects de l’œuvre originale (ligne narrative, élément de l’univers, personnage) mais elles peuvent aussi élaborer un nouveau récit ou une ébauche de récit. La fanfiction peut par exemple consister en une continuation du récit, en l’élaboration d’une ligne narrative pour un personnage secondaire délaissé dans l’œuvre originale, ou même, de manière plus complexe, elle peut tisser des liens entre deux univers fictionnels complètement différents […]. Elle peut tout aussi bien réécrire l’histoire et ainsi contester la ligne narrative officielle. » (Cornillon, p. 85)

Chapitre V. Quand tout devient jeu : la notion d’interactivité

L’interactivité est l’élément central de ce chapitre, dans lequel Cornillon s’inspire des domaines du jeu vidéo, du jeu de rôle et du webdocumentaire afin d’appuyer ses propos :

« Dans le cas de stratégies transmédia, le jeu a tendance à relever de deux types de fonctions : compléter l’univers en permettant son exploration par le joueur ou la joueuse (fonction encyclopédique) et lui permettre d’expérimenter cet univers en l’actualisant dans la partie (fonction immersive) mais la dimension interactive (au sens d’une possibilité de modification d’éléments de l’œuvre) n’est pas nécessairement ce qui sera mis en avant. Les joueurs.euses participent et créent ensemble ce qui sera leur partie mais elle constitue un élément périphérique destiné à ne jamais rencontrer l’œuvre originelle qui de fait reste au centre. À l’inverse, dans le jeu vidéo, puisque tout peut être prévu à l’avance, il est tout à fait possible d’incarner directement le héros ou l’héroïne pour compléter la narration principale puisque ce qui se passera a déjà été pré-validé par les instances auctoriales originelles dans le programme. L’articulation entre différents niveaux d’action et d’interaction avec l’œuvre apparaît donc clairement. » (Cornillon, p. 112-113)

Chapitre VI. Quand le public veut mener l’enquête : objet et regard

Dans ce dernier chapitre, l’autrice interroge la question du point de vue et de la lecture de la fiction en tant que source d’informations. Elle revient également sur les réceptions divergentes des spectateurs et spectatrices de Lost et de The X-Files.

« Lost s’inscrit, en tant qu’œuvre, contre ce rapport informationnel à la fiction, tout en ayant construit un système de lecture contextuelle qui amenait à survaloriser le rapport encyclopédique et informationnel du récit. On comprend mieux dès lors pourquoi certains fans se sont sentis frustrés. Le jeu transmédia, The Lost Experience, qui demandait un investissement colossal de la part des publics et qui l’a reçu au centuple, était en réalité une fausse piste. On ne peut dire si cela provient d’un changement d’appréhension de la série par ses créateurs en cours de route ou simplement d’un décalage entre l’appareillage de communication et le propos de la série elle-même. Finalement, peu importe. Malgré le discours qui a pu être tenu par ses créateurs, malgré l’auteur donc, l’œuvre construit un discours in fine autonome. La manière de l’interpréter peut être multiple, mais de fait, Lost développe une poétique de la révélation et l’idée d’une communauté. Or cette communauté n’est pas une communauté de savoir encyclopédique, c’est une communauté d’amour. » (Cornillon, p. 141-142)

En conclusion

Dans sa conclusion, Cornillon reconnaît s’être particulièrement concentrée sur les œuvres audiovisuelles, mais elle rappelle qu’il ne faut pas non plus oublier la place du livre. Elle ajoute également :

« La difficulté du travail sur ces réseaux d’objets est donc la prise en compte d’une multitude de mediums ou de phénomènes qui ont chacun leur histoire, leurs spécificités théoriques, mais aussi leur tradition critique. C’est la raison pour laquelle un travail de ce type ne peut qu’être interdisciplinaire, dans la mesure des limitations qui sont celles évidemment du chercheur ou de la chercheuse. Je n’ai donc pas essayé d’être exhaustive, mais plutôt de relever au sein des corpus que je connais un certain nombre de questions qui me semblent fondamentales. » (Cornillon, p. 163)

À l’image des œuvres contemporaines, Sérialité et Transmédialité. Infinis des fictions contemporaines est un livre complexe, qui contient plusieurs notions qui ne peuvent être saisies immédiatement par les lecteurs et les lectrices. Il s’agit néanmoins d’un ouvrage de réflexion intéressant sur les pratiques transmédia, qui mérite qu’on s’y attarde un moment. Et même s’il est difficile d’établir, au moment d’écrire ces lignes, si le transmédia est devenu une pratique mort-née, il est possible de croire que cette pratique aura une influence sur certaines œuvres fictionnelles, dont celles distribuées sur les plateformes de streaming telles que Netflix, Amazon Prime Video et Disney+.

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