Entrevue de chercheurs (2) – Lori Morimoto, créatrice de Fan Studies for Fans

[The English version will follow the French version]

À partir du 1er septembre, il sera possible de suivre un cours en ligne intitulé Fan Studies for Fans, pour aussi peu que 1 $ par cours, et ce, pour 10 cours. Nous avons eu l’occasion d’interviewer Lori Morimoto, chercheuse indépendante et créatrice de ce contenu.

Christine Hébert : Comment êtes-vous intéressée par les études sur les fans?

Lori Morimoto : Lorsque j’ai commencé mes études supérieures dans le département de la communication et de la culture de l’université de l’Indiana (maintenant une partie de l’école des médias de l’IU) à la fin des années 1990, j’avais l’intention de me spécialiser dans le cinéma japonais et chinois et j’ai commencé par une interprétation dépassée d’Adieu ma concubine que je pensais être des études cinématographiques. Dans le même trimestre, j’ai aussi pris un cours sur le cinéma hongkongais – dont j’étais déjà fan – et quand vint le temps de choisir un sujet de dissertation finale, j’ai de même suggéré des idées d’analyses de différents films. Mon professeur – qui était aussi mon conseiller et connaissais donc mon admiration sur le cinéma de Hong Kong et ses stars de ma dissertation de candidature – m’a demandé pourquoi je n’écrivais pas sur les fans de films hongkongais au Japon (où je suis devenue fan), et puisque je n’avais aucune bonne réponse, c’est ce que j’ai fait. C’était si satisfaisant que, lorsque j’ai suivi un cours sur les études d’audience et de spectateurs plusieurs années plus tard, j’étais complètement vendue sur les études de fans (et d’audience) comme point central de ma recherche. J’ai trouvé que j’étais un peu plus intéressée par la façon dont les médias sont vécus par les gens qui les voient – et les adorent – que par les médias eux-mêmes, et c’est là-dessus que j’écris depuis.

C. H. : Quelle est la raison de la création de « Fan Studies for Fans »?

L. M. : Depuis que j’ai commencé à me tenir sur Tumblr en 2012 (d’abord en ma qualité de fan de Harry Potter, puis en circulant à travers Sherlock et – actuellement – Hannibal), j’ai remarqué que, pendant que le sujet des études de fans se montrait dans des messages sur mon tableau de bord de temps en temps, la compréhension de ce sujet par les fans ne reflétait pas toujours les genres de travaux que mes collègues et moi faisons. Il y avait une familiarité générale avec Textual Poachers de Henry Jenkins, qui, étant une image assez flatteuse du fandom transformateur des femmes, était compréhensiblement bien reçu. Néanmoins, les perceptions selon lesquelles les « acafans » sont des étrangers au fandom qui se cachent sur Tumblr et d’autres espaces en ligne axés sur les fans, se préoccupant du contenu d’intérêt à écrire (d’une manière qui a été perçue comme n’ayant rien compris au fandom ) m’ont dérangée à un point tel que je voulais faire quelque chose pour faire le pont entre le fandom et les études de fans. J’ai commencé avec un éphémère groupe de lecture sur les études de fans, qui s’est effondré principalement sous le poids des horaires des participants et mon incapacité à mener adéquatement les gens à travers les lectures. J’ai aussi établi The Fan Meta Reader, un blogue WordPress qui a essayé de combler l’écart dans l’autre sens, familiarisant les chercheurs avec la profondeur et l’ampleur de l’analyse de fan (thefanmetareader.org – actuellement en mode hiatus). Ainsi, vous pourriez dire que ce sont les graines de ce projet actuel, conçu pour que les participants y aillent à leur propre rythme plutôt qu’à ma vitesse impitoyable. Ce qui est différent cette fois-ci, c’est que j’espère me concentrer davantage sur l’analyse des études et le terrain un peu plus complètement, parler du pourquoi et du comment en ce qui concerne les études de fans.

C. H. : Votre série de cours s’adresse aux fans, mais qu’est-ce qu’un universitaire peut en apprendre?

L. M. : La partie de mon cerveau qui est actuellement paralysée par le syndrome de l’imposteur veut crier qu’il n’y a rien que l’universitaire puisse y apprendre, beaucoup moins les fans! Mais dans mes moments plus optimistes, je pense que cela pourrait être une série utile pour les chercheurs dont le travail intègre des sujets sur les études de fans, des méthodologies, et encore plus, mais qui n’aurait peut-être pas beaucoup de base formelle dans les études de fans en tant que discipline. Au fur et à mesure que les événements universitaires tels que la conférence annuelle du Fan Studies Network démontrent, les gens viennent faire des études sur les fans en provenance d’une véritable diversité de disciplines; en effet, à mon avis, l’interdisciplinarité des études de fans peut être leur atout majeur. Mais, parlant d’expérience personnelle, il est difficile de savoir à quelle branche votre travail contribue sans une feuille de route pour vous orienter. J’espère que la série pourrait servir de feuille de route à d’autres universitaires, au moins provisoirement.

C. H. : Comment Patreon pourrait-il aider les universitaires et les chercheurs indépendants?

L. M. : C’est en fait la deuxième fois que j’essaie d’utiliser Patreon pour aider à appuyer mon érudition (indépendante). La première fois, c’était un appel beaucoup plus large du type « s’il vous plaît aidez-moi et vous pouvez lire mes oeuvres », et il est mort d’une mort rapide et morose. Vous devez offrir quelque chose que les gens veulent pour que Patreon fonctionne pour vous, et mon expertise en études des fans est cette chose pour moi. Il y a des Patreons pour les personnes qui font des essais vidéo et d’autres oeuvres créatives; les sciences humaines numériques, me semble-t-il, sont particulièrement adaptées aux usages scolaires de Patreon.

C. H. : Après cette série de cours, pensez-vous qu’elle prendra une autre forme, comme un livre électronique?

L. M. : Je ne suis pas tout à faire sûre de la durée de la série elle-même; mon sentiment est que les 10 conférences anticipées peuvent se poursuivre, mais cela dépend de 1) la qualité des conférences et d’autres docuements; et 2) l’intérêt des participants à poursuivre plus loin. En attendant, je suis en préparation pour un podcast sur les études de fans qui s’appuierait sur cette série et idéalement y inclure les types de sujets que je propose maintenant, des rapports sur des conférences sur des études de fans, et peut-être même des entretiens avec des universitaires d’études de fans, allant d’universitaires établis aux étudiants diplômés. Je n’avais pas pensé à un livre électronique, pour être honnête, mais c’est une idée intrigante!

Voilà qui complète cette entrevue! Si vous souhaitez suivre cette série de cours, n’hésitez pas à la soutenir via Patreon. Et si vous avez des talents de traducteur, cette annonce pourrait vous intéresser…

***

Starting September 1, it will be possible to take an online course called Fan Studies for Fans for as little as $ 1 per course for 10 lessons. We had the opportunity to interview Lori Morimoto, independant scholar and creator of this content.

Christine Hébert : How did you become interested in fan studies?

Lori Morimoto : When I began graduate school in the then-Department of Communication and Culture at Indiana University (now part of IU’s Media School) back in the late 1990s, I intended to specialize in Japanese and Chinese cinema and began with a clunky close reading of Farewell My Concubine that I thought was what film studies was all about. In the same term, I also took a course on Hong Kong Cinema – of which I was already a fan – and when it came time to choose a final essay topic, I similarly floated ideas for close readings of different films. My professor – who was also my advisor and was thus familiar with my fannish waxing about Hong Kong cinema and stars from my application essay – asked why I didn’t write about my fellow fans of HK film in Japan (where I became a fan), and since I had no good answer that’s what I did. It was satisfying enough that when I took a course in Audience and Spectatorship Studies several years later, I was completely sold on fan (and audience) studies as the focal point of my research. I found that I was somewhat more interested how media is experienced by the people who see – and love – it than in the media itself, and that’s where I’ve been writing ever since.

C. H. : What is the reason behind the creation of « Fan Studies for Fans »?

L. M. : Since I first started hanging out on Tumblr in 2012 (first in my capacity as a Harry Potter fan, then cycling through Sherlock and – currently – Hannibal), I noticed that while the subject of fan studies came up in posts on my dashboard from time to time, fans’ understanding of it didn’t always reflect the kinds of work my colleagues and I do. There was general familiarity with Henry Jenkins’s Textual Poachers, which, being a fairly flattering picture of women’s transformative fandom, was understandably well-received. Nonetheless, perceptions that ‘acafans’ are fandom outsiders who lurk on Tumblr and other fan-centric online spaces, skulking around for good stuff to write about (in ways that were perceived to miss the point of fandom entirely) bothered me enough that I wanted to do something to bridge fandom and fan studies. I started with a short-lived Fan Studies Reading Group, that collapsed mainly under the weight of participants’ schedules and my failure to adequately walk people through readings. I also established The Fan Meta Reader, a WordPress blog that tried to bridge the gap from the other direction, familiarizing scholars with the depth and breadth of fan analysis (thefanmetareader.org – currently on hiatus). So you could say these were the seeds of this current project, designed so participants and go at their own pace rather than at my own cutthroat speed. What’s different this time around is that I’m hoping to focus more on parsing scholarship and the field a bit more thoroughly, talking about the whys and hows in addition to the whats of fan studies.

C. H. : Your lecture series is for the fans, but what an academic can learn about it?

L. M. : The part of my brain that’s currently paralyzed by imposter syndrome wants to scream that there’s nothing whatsoever an academic might learn from it, much less fans! But in my more optimistic moments I think it could be a useful series for scholars whose work incorporates fan studies topics, methodologies, and so on, but who might not otherwise have much formal grounding in fan studies as a discipline. As academic events such as the Fan Studies Network’s annual conference demonstrate, people come to fan studies from a true diversity of disciplines; indeed, to my mind fan studies’ interdisciplinarity may be its greatest asset. But, speaking from personal experience, it can be difficult to know what conversation your work is contributing to without a roadmap of sorts to orient you. I’m hoping that the series might serve as such a roadmap for fellow academics, at least provisionally.

C. H. : How Patreon could help academics and independant scholars?

L. M. : This is actually the second time I’ve tried to use Patreon to help support my (independent) scholarship. The first time was a much broader « please help me out and you can read my writing » kind of call, and it died a quick and dismal death. You need to be offering something that people want in order to make Patreon work for you, and my fan studies expertise is that thing for me. There are Patreons for people who make video essays and other creative works; digital humanities, it seems to me, are particularly well-suited to scholarly uses of Patreon.

C. H. : After this lecture series, do you think it will take an another form, like an ebook?

L. M. : I’m not entirely sure how long the series itself will go; my feeling is that the anticipated 10 lectures may grow to more, but that depends on 1) the quality of the lectures and other materials; and 2) participants interest in pursuing the topics further. In the meantime, I’m in early preparations for a fan studies podcast that would build on this series and ideally include the kinds of topics I’m offering now, reports on fan studies conferences, and maybe even interviews with fan studies scholars ranging from established academics to graduate students. I hadn’t thought about an ebook, to be honest, but it’s an intriguing idea!

And that completes this interview! If you wish to follow this series of lectures, do not hesitate to support it via Patreon. And if you have translator’s abilities, this post could interest you…

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