La culture populaire et les plaisirs coupables

Samedi dernier (ou était-ce plutôt dimanche?), je suis tombée sur cet article du chroniqueur Hugo Dumas, qui se demande s’il faut se sentir coupable d’aimer une émission de docu-réalité telle que Barmaids :

Au nom de quel principe judéo-chrétien faudrait-il renoncer à ce qui nous décroche des sourires ou nous extirpe de notre quotidien pendant 4, 30 ou 60 minutes ?

Assumons donc nos goûts hétéroclites et rembarrons l’intelligentsia qui regarde de haut ces produits de culture populaire jugés bas de gamme.

Cette réponse a interpellé l’universitaire en moi.

Une question de goût, de genre et d’âge

Ce sentiment d’être jugé sur ses goûts culturels reste encore présent. À titre d’exemple, cet article du site australien The Music (publié en février 2017) s’est intéressé aux fans du groupe Nickelback. Du côté des recherches de niveau universitaire, les chercheurs jettent un regard sur le genre et l’âge dans les fandoms. En 2012, Tonya Anderson a interrogé des femmes de longue date du groupe Duran Duran, apportant du même coup une réflexion à ses expériences personnelles de fan :

The intensity of fan devotion to Duran Duran is something that has intrigued me from the beginning of my own fandom, not only the behaviour I witnessed at my first concert but also from observing other fans at school. Their lockers, adorned with Duran posters, were extensions of their bedrooms. And their school demeanour echoed their concert behaviour, voices filling the hallways with shrieking and squealing over new photos of their favourite band members. I noticed how other kids (non-fans) reacted with condescending eye rolls and whispering. Just as I was uneasy with the fan response to the video at the slumber party, here again I was also embarrassed, only this time, my uneasiness arose from a fear of being judged by my peers. Being a typically self-conscious teenager, I avoided public association with other Duran fans after that. This hiding of my fandom from non-fans was the beginning of a ‘closet’ fandom that continued for most of my life. I am not the norm, however, based on the fans I have interviewed. The shame of being a fan of Duran Duran began earlier for me than most, but many fans have told me that they have felt ashamed at some point in their lives due to the realisation that their favourite pastime and its associated behaviours are considered immature and inappropriate to those outside the fan culture.

Un peu plus loin dans le texte, Anderson fait référence à une étude de Lynn Zubernis et Katherine Larsen sur les fans de Supernatural, indiquant que le terme « fangirl » demeurait péjoratif. Malheureusement, ce n’est pas un hasard si les fandoms composés majoritairement de femmes sont moins bien vus que ceux composés majoritairement d’hommes. Comme si les femmes qui s’expriment sur la place publique ne sont pas les bienvenues. Récemment, Sady Doyle a publié un livre intitulé Trainwreck, dans lequel les chutes de femmes célèbres (Britney Spears, Amy Whinehouse, Marilyn Monroe…) sont perçues en guise d’avertissement sur l’affirmation féminine :

Doyle’s team of trainwrecks includes many other women whose names have been silenced, largely, by history. Theroigne de Mericourt, who tried to write women’s rights into the cause of the French revolution (and who was, for that, finally locked away in a mental institution). Harriet Jacobs, a former slave who was forced to write pseudonymously—and whose stories of what she experienced in captivity were so gruesome that readers assumed her work to be fiction. Louise Augustine Gleizes, a teenager who, in late-19th-century France, was diagnosed with “hysteria” by the then-renowned neurologist Jean-Martin Charcot. Gleizes, too, was incarcerated as a lunatic—an extremely effective means of literally shutting women up—and put on display for the Parisian masses, neatly anticipating Britney Spears’s dutifully TMZ-ed breakdown. After Charcot’s death, though, Gleizes left the sanitarium. Suddenly quite sane, she went on to befriend Marie Curie, and to assist the doctor in the lab work that would go on to win a Nobel Prize.

Heureusement, le combat pour la prise de parole par les femmes continue, autant en politique que dans le monde du fandom. En effet, des initiatives telles que le documentaire Squee! contribuent à redorer l’image de la fangirl. Il y a donc espoir pour la fin de la culpabilisation et qu’enfin, un jour, on n’éprouve plus le besoin de rabaisser une personne simplement parce qu’elle aime un boy band ou une émission de télé-réalité…

Et vous, affichez-vous facilement vos goûts culturels en public?

 

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