BDQ : histoire de la bande dessinée au Québec (Michel Viau) | Bulles pop | Épisode 013

Savez-vous que la première bande dessinée moderne québécoise a apparu en 1904, bien avant la France et la Belgique? Pour en savoir plus, je vous invite à écouter le 13e épisode de Bulles pop, alors que nous recevons Michel Viau, auteur du livre BDQ : histoire de la bande dessinée au Québec.

Pour M. Viau, la bande dessinée a toujours fait partie de sa vie :

« Avant même de savoir lire, j’avais des bandes dessinées. J’avais des albums, et donc, il en a toujours eu à la maison. Pour moi, c’était quelque chose de naturel de lire des bandes dessinées. Et c’est un goût qui m’est resté. »

Amateur de récits policiers, il reconnaît cependant la grande qualité de plusieurs bandes dessinées humoristiques. Selon lui, les meilleurs récits de ce médium sont Astérix, Peanuts, Calvin and Hobbes et Gaston Lagaffe.

Son cheminement en tant qu’historien de la BD a commencé en 1996. À cette époque, les Trésors de la bande dessinée (ou BDM) recensaient les albums publiés en français. Remarquant l’absence d’albums québécois dans le BDM, M. Viau s’est donné pour projet d’envoyer aux auteurs une liste d’albums publiés dans la province.

Pour son projet, M. Viau se rendait à la librairie Fichtre! (malheureusement fermée depuis 2010) pour se procurer tous les albums québécois disponibles. Mis au courant de ce projet, Yves Millet, libraire et direction de collection aux Éditions Mille-Îles, a suggéré à M. Viau d’en faire un livre.

« Et c’est comme ça que mon premier livre est paru en 1999, qui était BDQ : Répertoire des publications de bandes dessinées au Québec. »

Dans ce livre, on y trouvait des albums, des comic books, des revues ainsi que des traductions de bandes dessinées publiées par des auteurs étrangers. Cependant, il n’y avait pas de répertoire sur les bandes dessinées publiées dans les journaux.

En élargissant ses recherches, M. Viau a entre autres noté l’apparition de la première BD moderne québécoise. Il s’agit des Aventures de Timothée, qui apparaissent dans le journal La Patrie en 1904. Ces aventures sont dessinées par Albéric Bourgeois, un Québécois qui a appris le métier de dessinateur de presse à Boston avant de revenir à Montréal. Avec l’influence américaine, le dessinateur a appliqué les codes qu’on connaît de la BD moderne, comme les phylactères.

Alors que les bandes dessinées (Timothée, La Famille Citrouillard, Le père Ladébauche) connaissaient une grande popularité dans La Presse et La Patrie, pourquoi n’apparaissent-elles pas dans les autres journaux du début du XXe siècle? M. Viau a trouvé la réponse à ce sujet :

« [en] faisant la mise à jour de mon livre, en poursuivant mes recherches, bien, je suis tombé sur des articles. Il y avait vraiment une grosse campagne contre les bandes dessinées, à l’époque, et on s’attaquait à La Presse et à La Patrie, qui publiaient ça. On disait que c’était antipatriotique, parce qu’on se moquait des paysans canadiens-français […]. Donc, c’était une presse qui était, en général, très conservatrice, très catholique, et on s’opposait à cette modernité-là, quelque chose qui venait des États-Unis. C’était assez courant comme critique de la part de ces journaux-là. On s’opposait à ce qui venait des États-Unis, autant le cinéma, le jazz, la danse, et tout ça. Et les bandes dessinées. »

Il faudrait attendre jusqu’aux années 60, avec l’arrivée d’Astérix au Québec, pour que la bande dessinée puisse connaître un véritable engouement, autant chez les jeunes que chez les adultes.

« Astérix a donc eu un gros succès au Québec. A aussi légitimisé, d’une certaine façon, la bande dessinée, qui a été longtemps décriée par des instances religieuses et éducatives […]. Jusque vers la fin des années 50, il y avait des campagnes contre les bandes dessinées, comme quoi c’était mauvais pour la moralité et tout ça. Et c’est Astérix qui a légitimisé la chose et qui a fait que les adultes se sont mis à lire de la bande dessinée. »

Pour rédiger autant sur l’histoire de la BD québécoise, M. Viau devait entre autres effectuer de longues recherches à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Aujourd’hui, il peut profiter des numérisations de journaux offerts par l’organisme et il peut aussi compter sur l’aide de passionnés de la bande dessinée, dont André Fournier, qui est derrière le groupe Facebook Les Amis de la BD de journal du Québec.

Si tout se déroule bien, le tome 3 de BDQ (qui couvrira la période 1979-1999) devra sortir à l’automne 2022. En attendant, nous ne pouvons que nous impatienter pour la sortie du tome 2, qui s’attardera sur une décennie riche en créativité : les années 1970.

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