J’ai lu : Québec 80 : la pop culture pour les irréductibles nostalgiques du cube Rubik, des vêtements fluos et de Peau de banane

À quoi ressemblait le Québec dans les années 1980? Étant née à la fin de cette décennie, je ne pourrais vous donner une réponse honnête. Après tout, il y a une différence entre découvrir l’histoire et la vivre. Par contre, les deux auteurs que nous allons présenter dans cette critique ont bel et bien vécu dans cette époque qui, pourtant, ne nous semblait pas si lointaine…

À propos du livre Québec 80 : la pop culture pour les irréductibles nostalgiques du cube Rubik, des vêtements fluos et de Peau de banane

Québec 80Québec 80 : la pop culture pour les irréductibles nostalgiques du cube Rubik, des vêtements fluos et de Peau de banane est un livre écrit par Tristan Demers (auteur d’Astérix chez les Québécois) et Jean-Sébastien Girard et publié par Les Éditions de l’Homme en 2021. Ce qui a réuni ces deux hommes, c’est leur amour commun pour la culture populaire et la nostalgie :

« Cet ouvrage n’est pas un plaisir coupable; il s’agit d’un hommage à ces années qui nous ont construits, à coups de vidéoclips, de cheveux crêpés et de bracelets multicolores. C’est un voyage dans le temps : nous posons un regard tendre sur cette période festive où le Québec était tout aussi effervescent que le reste du monde. » (Demers et Girard, p. 5)

Pour faire le tour de la culture pop québécoise des années 80, cet ouvrage est divisé en neuf parties. Et pour vous donner une idée de cette ambiance haute en couleurs, nous avons pris l’initiative d’inclure des vidéos partagés entre autres par des passionnés de nostalgie.

Mode et tendances

Lorsqu’on pense à la mode dans les années 80, plusieurs images nous viennent à l’esprit : les épaulettes, les couleurs fluorescentes ou le look androgyne… Les années 80, c’était aussi des vedettes québécoises qui adoptaient de nouvelles tendances :

« Nathalie Simard invite les petites filles à s’habiller comme elle : salopettes de velours côtelé ou jumpsuit rouge annoncés au verso de la pochette de son disque La danse des canards, l’opus le plus vendu en 1983. Véronique Béliveau, de son côté, est bien plus que la porte-parole de Radio-Québec qui entonne le jingle de la station en patinant dans un clip récurrent : c’est une amoureuse de la mode – porte-parole des magasins Simpsons – qui incarne, avec ses cheveux courts et cuivrés, l’élégance et les tendances du moment. Sortie de l’adolescence, Céline Dion prendra le relais comme porte-parole de 1988 : “Montréal c’est ma ville, Simpsons c’est mon style!” entonne la vedette. » (Demers et Girard, p. 13)

https://www.youtube.com/watch?v=HvmO2RkZpo4

Maison et objets du quotidien

Quels objets faisaient partie du quotidien des Québécois dans la décennie 1980? Nous pensons entre autres au Walkman ou au lecteur VHS, mais bien des objets que nous utilisons aujourd’hui étaient plus dispendieux il y a près de 40 ans :

« Le four à micro-ondes coûte autour de 800 $. Afin de justifier son prix, on est prêt à s’en servir matin, midi et soir pour cuire des gâteaux et des rôtis de bœuf! Même Jehane Benoît,  la papesse de la cuisine traditionnelle, devient accro au gadget de l’heure et publie L’encyclopédie illustrée de la cuisine au four à micro-ondes. Les puristes ne s’en remettront jamais, préférant sa traditionnelle “soupe des quêteux” à son nouveau “riz confetti”, prêt en huit minutes. » (Demers et Girard, p. 19)

Jeux et jouets

Les enfants des années 80 avaient accès à une panoplie de jouets : figurines de GI Joe, poupées Bout d’chou, cube Rubik… Et est aussi durant ces années que le jeu vidéo fera son entrée dans les foyers :

« Si le jeu vidéo est un objet d’expression artistique, il n’est d’abord qu’un simple jouet, au début des années 80. Avec sa VCS, Atari domine le marché des consoles auprès de ses concurrents, parmi lesquels Intellivision (produit par Mattel) et ColecoVision. Les enfants adoptent rapidement Space Invaders, Donkey Kong, Q*bert et, bien sûr, Pac-Man, le champion des ventes mondiales » (Demers et Girard, p. 31 )

À boire et à manger

Côté nourriture, celle-ci fait l’objet de publicités mémorables sur le marché québécois, qu’on pense notamment à celles de Pepsi ou du lait. Il s’agit d’une décennie marquée entre autres par des repas sur le pouce :

« Avec leurs clés au cou, les enfants arrivent de l’école, affamés. Le secteur alimentaire l’a compris et inonde le marché de “bouffe pour ados” aussi riche (en cholestérol) que le deviendront les actionnaires de McCain, de Kraft et autres Pillsbury. Les choix de collations ne manquent pas : une tartine de Paris Pâté qui n’a rien de français, les populaires Pizza pochettes ou un restant de “recette Kraft” annoncée à la télé : du fromage orange à tartiner, fondu, sur une gaufre grillée, des saucisses de porc et des tranches de tomate! » (Demers et Girard, p. 34)

Télévision

Une des parties les plus volumineuses de ce livre est consacrée à la télévision, avec laquelle les Québécois partagent une longue histoire d’amour. En effet, la télévision offre différentes émissions pour tous les goûts : dessins animés, séries, téléromans, quiz… À un point tel que de nouvelles chaînes sont créées : Super Écran, Télévision Quatre-Saisons et  même MusiquePlus.

« “La télé-vidéo… en stéréo!” Ce slogan crié trop fort par des animateurs enthousiastes annonce une nouvelle ère : celle de MusiquePlus, la petite sœur de MuchMusic à Toronto, elle-même inspirée de la déjà grande MTV, apparue en 1981 chez nos voisins du Sud. En 1986, les Québécois pubères vivent au rythme des meilleurs clips de l’heure présentés entre 20 h et minuit par une pléiade de nouvelles têtes. Parmi celles-ci, Catherine Vachon, Marc Carpentier, Claude Rajotte, Paul Sarrasin et la pétillante Sonia Benezra. On les appelle les VJ (pour video jockeys) et ils ont pour mandat non seulement de présenter des clips, mais aussi de les pimenter d’entrevues exclusives et d’anecdotes instructives. » (Demers et Girard, p. 43)

Chanteurs et chanteuses

Plusieurs chanteurs et chanteuses du Québec projetteront une image colorée au cours des années 80, que ce soit Diane Dufresne ou Mitsou. De plus, ils s’adaptent aux nouvelles technologies qui sont à portée de main, comme le démontre l’extrait suivant :

« Les stars de chez nous adoptent le synthétiseur et abusent de sonorités électroniques nouvelles, sauf les irréductibles qui ne fléchissent pas, fidèles à leur style, comme Chantal Pary, Nicole Martin et Michel Louvain. Avec le spray net apparaissent les premiers vidéoclips québécois. Parmi ceux-ci, le surprenant On ne peut pas tous être pauvres, du jeune Yves Jacques, et le fameux Rap à Billy, de Lucien Francoeur, le chanteur du groupe Aut’Chose. L’industrie prend un virage pop, souvent dans la langue de Shakespeare, afin d’espérer conquérir le marché international : The Box, Men Without Hats, Bündock, pour ne nommer que ceux-là. » (Demers et Girard, p. 80)

Livres, journaux et magazines

Plusieurs succès littéraires marqueront les années 1980, que ce soit au Québec (Yves Beauchemin, Anne Hébert, Arlette Cousture…) ou partout ailleurs dans le monde (Danielle Steel, Ken Follett, Tom Clancy…). C’est aussi une décennie remplie de magazines, dont certains sont destinés aux adolescents et aux jeunes adultes :

« Les amateurs de “musique qui déménage” ont de quoi se mettre sous la dent avec Québec Rock. Publié dès 1977 avec des têtes d’affiche comme Pagliaro ou le groupe Octobre, le mensuel évolue au fil du temps : on y propose maintenant Tom Cruise ou Luc Plamondon en couverture! L’objectif est de s’éloigner du rock progressif ou alternatif pour inclure davantage les nouvelles tendances pop. » (Demers et Girard, p. 106 )

Cinéma

Il serait impensable d’aborder le cinéma des années 80 sans souligner les succès américains, mais aussi québécois. Il y a Le Matou, Le déclin de l’empire américain, mais il y a surtout les Contes pour tous, une série de films pour toute la famille :

« En 1984, La Guerre des tuques, tourné dans la région de Charlevoix et réalisé par André Melançon, devient LE classique du temps des fêtes. Petits et grands se reconnaissent dans cette bande d’enfants qui se disputent un grand château de glace à coups de boules de neige et d’ingéniosité. On y aborde la camaraderie, la rivalité et les premiers émois amoureux (entre les personnages principaux Luc et Sophie), la recette parfaite pour atteindre les 1,3 million $ au box-office (alors qu’une entrée pour adulte coûte moins de 7 $) et une pérennité en salle : plus de quatre mois à l’affiche! » (Demers et Girard, p. 113)

Spectacles et performances

Enfin, nous retrouvons une section consacrée aux spectacles, dont plusieurs sont sous le signe de l’humour. Ce sont les débuts du festival Juste pour rire et d’une nouvelle génération d’humoristes, mais aussi la popularité grandissante d’une certaine pièce de théâtre :

« Depuis le 21 mars 1979, les comédiens Michel Côté, Marc Messier et Marcel Gauthier jouent Broue, à Montréal, comme ailleurs en tournée. Ce vaudeville, qui met en scène des personnages éclectiques dans un décor de taverne, obtient immédiatement l’affection du public. Les textes hilarants de Jean-Pierre Plante, de Claude Meunier et de Francine Ruel y sont pour beaucoup; bien souvent, les spectateurs reconnaissent leurs travers (ou ceux de leurs amis!) dans le jeu burlesque d’acteurs qu’ils apprécient. […] Broue sera joué par les mêmes comédiens pendant 38 ans, atteignant les 3322 représentations devant 3 millions de spectateurs et décrochant au passage une certification prestigieuse décernée par le Guinness World Records soulignant “la pièce jouée le plus longtemps dans le monde par la même distribution de comédiens”. » (Demers et Girard, p. 134)

En conclusion

Comme l’ont mentionné Tristan Demers et Jean-Sébastien Girard, Québec 80 est un hommage à la culture populaire québécoise de cette décennie singulière. Et quel hommage! Ce livre témoigne d’une grande richesse iconographique, avec des pages remplies de photographies d’archive. Il suffit de lire les pages de remerciements afin de constater l’ampleur des recherches et les nombreux contacts qui se sont effectués afin d’avoir accès à ces images.

Même si on aurait aimé en savoir plus sur les sources textuelles ayant permis l’écriture de ce livre, nous apprécions beaucoup les entrevues avec des personnalités marquantes des années 1980 : Sonia Benezra, Janette Bertrand, René Simard…

Si vous désirez retourner dans le passé en une centaine de pages, Québec 80 est un livre qui vous fera voyager. Pour les chercheurs aguerris, il peut s’agir d’un point de départ vers d’autres horizons.

Pour en savoir plus sur le contexte sociohistorique du Québec dans les années 1980, nous vous invitons à visionner cette rétrospective animée par l’historien Laurent Turcot. Et si vous avez apprécié cette critique et désirez encourager les auteurs (et moi), vous pouvez acheter ce livre grâce à mon lien d’affiliation. Merci!

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