GeekQCon – Congrès Boréal (1979-)

Semblable au Readercon, une convention des littératures de l’imaginaire ayant lieu à Burlington, dans le Massachusetts, le Congrès Boréal est considéré comme l’une des plus anciennes conventions au Québec. Son sujet de prédilection, la littérature de genre, en fait un événement unique dans la province, même s’il est moins populaire que certains événements à caractère geek. Regardons de plus près son histoire.

Congrès Boréal

Congrès Boréal : naissance, croissance et déclin? (1979-1989)

Dans les années 1970, la science-fiction gagne en popularité au Québec. En effet, c’est en 1974 qu’est lancé le fanzine Requiem, qui deviendra plus tard la revue littéraire Solaris. C’est également dans ce milieu que l’auteure de science-fiction, Élisabeth Vonarburg, s’impliquait à titre de critique, journaliste et directrice littéraire. Ayant elle-même côtoyé différentes conventions françaises et européennes, elle a proposé l’idée d’une convention québécoise de science-fiction :

« Je me suis dit qu’il était temps de rassembler le milieu très dispersé géographiquement, explique-t-elle. J’avais conscience de l’effet de synergie que produit un rassemblement de gens animés des mêmes intérêts/passions, je le voyais à l’œuvre en France, et historiquement, c’était toute l’histoire du milieu SF américain (et anglais) depuis une cinquantaine d’années. Et donc, je me suis dit : Pourquoi pas nous? Et les gens ont embarqué quand j’ai lancé l’idée. Hop. »

Étant à l’époque chargée de cours à l’Université du Québec à Chicoutimi, ce fut à cet endroit qu’elle organisa le premier Congrès Boréal, du 13 au 15 juillet 1979, réunissant auteurs et fans de science-fiction.

Au cours des années suivantes, le Congrès Boréal arrive à maintenir son attraction. Lors de l’édition de 1980, qui a eu lieu au Salon du livre de Québec, on dénombrait 129 inscrits. L’année suivante, à l’Université du Québec à Montréal, ce chiffre augmente à 165 inscrits. En 1982, l’Université du Québec à Chicoutimi recevait un Congrès Boréal jumelé au troisième Congrès francophone international de science-fiction et de fantastique : le nombre d’inscrits s’élevait à 206 personnes. Or, lors du Salon du livre de Montréal, ce chiffre s’effondre à 86 inscrits (Source, p. 159).

Après deux congrès déficitaires (1988, 1989), le Congrès Boréal a cessé d’exister pendant plusieurs années. Par contre, l’organisme SFSF Boréal continuait à animer des événements de moindre envergure grâce entre autres au soutien de l’auteur Joël Champetier.

Renaissance et association (1995-1999)

Il faudra attendre jusqu’à 1995 pour voir renaître le Congrès Boréal, soutenu par le congrès de science-fiction d’Ottawa, Can-Con. L’écrivain de science-fiction Jean-Louis Trudel raconte :

« La Bibliothèque nationale du Canada avait monté l’exposition « Visions d’autres mondes » et les organisateurs de Can-Con avaient cordialement invité les responsables de SFSF Boréal Inc. à planifier une programmation en français (incluant la remise des Prix Boréal) dans le cadre de leur congrès. Ce fut Boréal 12, renouant avec la tradition des congrès après une interruption de six ans. Ce fut un congrès mémorable, arrosé du vin sous étiquette de Can-Con, et le congrès montréalais Con*Cept nous offrit de renouveler l’expérience l’année suivante… »

De 1996 à 1999, le Congrès Boréal se tenait en même temps que Con*Cept. Selon Christian Sauvé, ce jumelage produisait d’intéressants résultats :

« Non seulement cela apporte-t-il de nouveaux participants aux panels, mais ça semble aussi donner un Boréal plus vivant: L’atmosphère un peu plus olé de Con*Cept (pensons seulement à la mascarade, par exemple) déteint sur Boréal. L’emphase sur les médias, jeux de rôles et autres divertissements pas nécessairement purement littéraires est peut-être condamnée par plusieurs, il en demeure pas moins que ça a dynamisé le congrès (en plus de fournir des exemples-à-éviter aux panellistes…) Peu importe le manque d’interaction entre les deux moitiés du congrès: C’est beaucoup plus agréable de se promener dans un hôtel ou il y a une présence perceptible d’un congrès de SF. »

Nouvelle génération (2000-2008)

Vers 2000, le Congrès Boréal se déroulait en solo. Cependant, cette convention continuait à se dérouler à l’Hôtel Days Inn Métro-Centre de Montréal, endroit où avait lieu le Con*Cept. L’événement demeure modeste avec une cinquantaine de participants, mais elle est également variée avec des participants en provenance du Canada, des États-Unis et de la France. (Source, p. 55-56).

Si l’essoufflement de cette convention est à craindre, la relève fait bientôt acte de présence. En 2005, nous pouvons observer l’apparition d’une nouvelle génération d’auteurs au Congrès, comme le constate Éric Gauthier :

« Ce qui frappe surtout cette année, c’est la moyenne d’âge qui continue de baisser. On trouve un équilibre de plus en plus satisfaisant entre vieux routards et nouveaux fans. La relève est là, celle qui publie dans Brins d’éternité et gravite autour des Six Brumes et de leur forum, entre autres. Le cercle s’agrandit. »

À partir de 2006, le Congrès Boréal ne se déroulait plus en automne, mais au printemps. Cette décision fut bénéfique pour cette convention. Malgré les difficultés de financement, incluant l’absence de subventions, l’édition 2006 « semble avoir attiré le plus grand nombre d’inscrits depuis 1988, un record également atteint par le nombre de votants aux prix Boréal ».

L’année suivante, le Congrès Boréal se retrouve combiné à la 34e Convention Nationale Française de Science Fiction et surpasse l’édition précédente grâce entre autres à une délégation franco-belge : « Ce fut un des Boréal les plus achalandés de mémoire récente, avec plus de 150 « corps chauds » sur place, dont 120 inscrits payants. »

Année Anticipation (2009)

En 2009, les organisateurs du Congrès Boréal ont décidé de tenir leur convention en même temps qu’Anticipation, soit le congrès mondial de science-fiction, qui a eu lieu cette année à Montréal. Jean-Louis Trudel explique les raisons justifiant cette décision :

« À la base, il s’agit de desservir un double, voire triple, public. Tout d’abord, il y a ceux qui ne peuvent pas se permettre d’assister à l’entièreté d’Anticipation et ceux qui trouvent l’événement trop anglophone, trop fanique, trop science-fiction, ou que sais-je. Boréal sera donc leur principale occasion de se rencontrer cette année pour parler de ce qui les passionne. Ensuite, il y a ceux qui, toujours pour des raisons financières et de commodité, peuvent souhaiter ne pas faire deux fois le voyage à Montréal dans l’année : en tenant Boréal la même fin de semaine qu’Anticipation, on leur donne l’occasion de voir tout le monde en quelques jours. Enfin, on peut espérer que les francophones qui viennent à Montréal uniquement parce que c’est le congrès mondial passeront aussi dire bonjour aux autres fans francophones présents à Boréal, dont les sympathiques organisateurs, ou apprendront l’existence de Boréal à l’occasion de la remise des Prix Boréal sur place à Anticipation le dimanche. C’est aussi un investissement à long terme. »

Malgré les craintes des habitués, ces derniers étaient satisfaits du déroulement de ce Congrès Boréal. À ce sujet, Ariane Gélinas, coordonnatrice de l’édition 2009, ajoute ceci :

« Au total, nous avons reçu la visite de plus de 80 personnes, en considérant le passage des congressistes d’Anticipation. La plupart des tables rondes ont été à mon avis des réussites. Sans oublier les bandes-annonces de Christian Sauvé, que l’auditoire a particulièrement appréciées. »

Bref, face à une convention mondiale pouvant atteindre des milliers de participants, le Congrès Boréal résiste et ose!

Congrès Boréal : au-delà des frontières (2010-)

L’année suivante, le 30 janvier 2010, en après-midi, a lieu un événement insolite : le Carnaval Boréal. Réfléchissant à l’impact d’un pic pétrolier et d’un hiver rigoureux sur les congrès de science-fiction, Christian Sauvé propose un Congrès Boréal virtuel sous forme de blogue. Malgré l’intensité des discussions à modérer, il est satisfait des résultats :

« Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 150 visiteurs dont 50 participants; 1450 commentaires en une seule journée pour un total d’environs 60,000 mots.  Pour un événement au fonctionnement que comprenaient à peine les intéressés au début de la journée, le résultat n’a pas été trop mauvais. Ceux qui étaient vraiment plongés dans l’événement ont pu constater un rush nouveau et pourtant pas si éloigné de celui d’une bonne journée passée à Boréal.  Et que dire de plus au sujet de l’accessibilité globale du Carnaval qui ne peut être résumé par la présence d’Hugues Morin à partir d’une auberge du Guatemala? »

Toujours en 2010, le Congrès Boréal fait un retour dans la région de Québec, cette fois-ci au Cégep de Sainte-Foy. Selon Christian Sauvé, il s’agit d’un Boréal marquant la transition entre deux époques :

« Les même gens n’y étaient pas nécessairement, mais les foules, oui: Entre les quelques 120 congressistes payants et 135 personnes sur place, il s’agissait d’un Boréal à la hauteur des années précédentes.  Nouvelle équipe, nouveaux objectifs, nouveaux visages: Pas moyen de perdre de vue qu’il s’agissait d’un Boréal différent tout en se déroulant dans une certaine continuité. »

Par la suite, le lieu du Congrès Boréal alterne entre Montréal et Québec… jusqu’en 2016, qui s’est déroulé à Mont-Laurier, dans les Laurentides. Comment expliquer un tel déplacement? Nous le devons à un Lauriermontois, Joris Lapierre-Meilleur :

« En 2014, étant fan de littérature de SF, je cherchais à découvrir la québécoise, explique-t-il. Je suis tombé sur le site Web de la maison d’édition à but non lucratif de Sherbrooke Les Six Brumes sur laquelle ils invitaient à les rencontrer dans les salons du livre ou en convention et surtout au Congrès Boréal qui est, selon eux, la place centrale pour les adeptes de littérature de SF et fantastique au Québec. Ne connaissant pas du tout ce congrès, je me suis informé et découvert qu’il changeait de ville à chaque année et que le prochain serait à Québec. Trouvant Québec loin de chez moi, j’ai décidé de leur écrire pour les inviter à tenir une prochaine édition à Mont-Laurier en ventant ma région. Ils m’ont répondu que leur méthode était que si une ville voulait recevoir le congrès, il devait y avoir un groupe d’organisateurs bénévoles local qui dépose sa candidature au CA. J’ai pris ça comme un défi personnel et me suis lancé dans l’aventure sans jamais avoir visité de congrès Boréal. J’ai assisté à celui de 2015 à Montréal derrière mon kiosque pour annoncer l’édition de 2016 à Mont-Laurier. »

Le Congrès Boréal de Mont-Laurier a été un succès. Selon M. Lapierre-Meilleur, 220 personnes étaient présentes lors de ce congrès, soit un record pour les Congrès Boréal s’étant déroulés après l’an 2000.

Après un Congrès Boréal Monastère des Augustines à Québec en 2017, puis au Temple Maçonnique de Montréal en 2018, c’est au tour de Sherbrooke d’accueillir pour la première fois cette convention, en mai 2019. Alors que cette prochaine édition marque ses quarante ans d’existence, le Congrès Boréal poursuit sa mission de promotion de la littérature de l’imaginaire. Malgré sa taille modeste, il est là pour rester.

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